DU 1ER AU 23 AVRIL 2019

OÙ JE PRÉPARE L’EXODE MALGRÉ UN OEIL PLUS BAS QUE L’AUTRE

Chèr(e) abonné(e), 

Un proverbe indien dit : Pour cultiver l’amitié entre deux êtres, il faut parfois de la patience de l’un des deux. 

Je vous remercie donc d’avoir, en patientant depuis le dernier envoi, préservé notre relation.

Lundi 1er avril

Une partie de la population accroche des poissons de papier dans le dos d’une autre partie de la population. Se peut-il que ces cercles se recoupent ?

Oui, cela se peut, et dans de dramatiques conditions qui plus est : une victime de cette agression déguisée en séculaire canular, insuffisamment woke et donc ignorante sa condition de victime, pourrait avoir l’idée d’accrocher à son tour un poisson dans le dos d’un collègue ; c’est ainsi que se perpétue l’insupportable culture du viol piscidorsal dont on attend toujours que les autorités prennent la mesure.

Le psychiatre, qui n’a décidément rien d’un boute-en-train et se fiche bien des jours de carnaval, arbore son habituel air sinistre ; nous parlons de choses et d’autres, rien de bien important, je crois.

Je lui dis : Vous savez Docteur, j’aimerais bien faire autre chose plutôt que de venir ici, parfois. Il me répond : Comme quoi, par exemple ? Silence, puis je dis : Et bien, me promener.

Nouveau silence, puis il répond : Mais ne vous promenez-vous pas, en venant à ce rendez-vous ? Jah, que cet homme m’exaspère.

La séance terminée, je me contorsionne devant le miroir de la cage d’escalier afin de m’assurer qu’il ne m’a accroché aucun poisson dans le dos.

De nouveau sujet à mon vieux fantasme de bureau zéro papier, j’entreprends de raccorder mon scanner flambant neuf à mon réseau internet sans fil ; or, ce dernier ne fonctionne plus depuis qu’un technicien est venu le réparer.

De fait, je vis au milieu des choses dont le dysfonctionnement a été aggravé par l’intervention des hommes de l’art : réseau sans fil donc, mais aussi radiateurs, chaudière, systèmes d’évacuation d’eau pour ne citer que les équipements de première nécessité.

Se pourrait-il que les hommes de l’art dussent changer d’art ? Le chauffagiste ferait peut-être faire des cabrioles aux ondes du réseau sans-fil tandis que le sans-fileur ferait caracoler les radiateurs, un peu comme dans un spectacle de cirque sans animaux.

Lorsque je parviens enfin à raccorder mon scanner à mon ordinateur — au moyen d’un câble — je me mets en quête de documents à scanner puis à jeter, avec la délectation de celui qui fait le vide. Las, tous me paraissent si importants que je juge plus prudent de garder l’original une fois celui-ci scanné.

1921 : la presse argentine met au défi la pilote d’essai Adrienne Bolland de passer la cordillère des Andes à bord de son Caudron G.3. Elle relève le gant et choisit pour ce faire une route plus directe que celle empruntée par ses prédécesseurs, mais qui suppose un vol à 6962 mètres là où le plafond du G.3 se situe aux alentours de 4000 mètres.

L’avionneur qui l’emploie refusant de lui envoyer une machine plus puissante, elle est convaincue, lorsqu’elle s’élance au petit matin sans carte ni instrument de navigation, de ne pas en réchapper. Peut-être regrette-t-elle son impulsivité.

Au cours de son vol, elle prend une décision risquée qui semble défier toute logique, mais lui permet néanmoins d’arriver à bon port après quatre heures et quinze minutes de danger.

Trente ans plus tard, elle expliquera ceci : tandis qu’elle se préparait à prendre le train qui allait la mener à Mendoza, d’où elle devait décoller, une femme l’accoste ; elle se dit envoyée par un médium et la conjure, au moment où elle survolera un lac en forme d’huître, d’emprunter un passage dangereux sur sa gauche, face à la montagne, plutôt que de prendre à droite.

Lorsqu’elle se pose à Santiago du Chili, le consul de France, croyant à un poisson d’avril, ne se montre pas.

Mardi 2 avril

Face à mon miroir, ce triste constat : j’ai un œil plus bas que l’autre.

Je garde mon calme et effectue quelques recherches sur le syndrome de Protée, dont souffrait, d’après des tests ADN récents, le pauvre John Merrick dit Elephant-Man. On pensait avant cela qu’il souffrait de la maladie de Recklinghausen, ou bien encore de l’éléphantiasis, pour ne rien dire de certaines théories loufoques émises à l’époque.

Je crains que cette asymétrie soit le signe annonciateur d’une déformation généralisée de tout mon corps m’empêchant de vivre normalement, et me conduisant à m’exposer dans un cirque afin de subvenir à mes besoins, tel mon illustre prédécesseur ; je bénéficierais certes d’une meilleure protection sociale que le pauvre Merrick en son temps, mais le spectacle de l’exploitation de mes compagnons d’infortune animaux me serait difficile à supporter — à moins qu’il ne s’agisse du cirque présentant des numéros d’appareils domestiques évoqués plus haut.

Le nom de la maladie qui me frappe donc peut-être vient de celui de Protée, une divinité grecque marine qu’Homère désigne comme le Vieillard de la mer et le gardien des troupeaux de phoques de Poséidon. Protée est doté du don de prophétie et du pouvoir de se métamorphoser.

Ces troublantes ressemblances avec ma personne renforcent mes craintes d’être atteint de son syndrome — ou devrais-je dire de mon syndrome ?

1725 : naissance de l’aventurier vénitien Casanova.
Le lecteur curieux pourra se reporter aux archives pour y lire le récit de ma visite de la Prison des Plombs ainsi que celui de ma carrière avortée de Casanoviste ; mais qu’il ne se précipite pas immédiatement : il me revient qu’une autre de mes maladies, la flemme, m’avait contraint à ne les évoquer qu’en passant.

Mercredi 3 avril

Ce qu’il faudrait, c’est dans la vie faire un léger pas de côté pour créer un interstice dans lequel loger une rêverie active, exprimable en images, en mots, bref, rationaliser tout ce temps que je passe allongé sur mon lit à rêvasser à ce je-ne-sais-quoi dont j’ai grand besoin pour vivre. En faire une discipline, un mode de vie, une vision du monde, ce dont il s’agit déjà en un sens, mais le faire en conscience, utiliser ce décalage.

De là, ma joie de vivre à l’écart dans la future maison de l’Entre-deux-mers, entre soins apportés au jardin et promenades dans les vignes en solitaire — le chien lève la tête et me lance un regard désapprobateur au moment où j’écris ces mots ; ce diable est doté d’étonnantes capacités perceptives et d’un stupéfiant talent de culpabilisation. Je reformule donc : entre soins apportés au jardin et promenades dans les vignes avec mon chien.

1711 : Découverte de l’île de Clipperton.
On parle souvent de l’île de Pitcairn où s’installèrent les révoltés du Bounty, et moins de celle de Clipperton. Il s’y déroula pourtant des événements passionnants.

Je dis à Barbara : Il s’en est déroulé de belles, à Clipperton, mais j’ai un peu la flemme de le raconter en détails. Elle me répond distraitement : Ah oui, quand ils ont bouffé les chiens ? T’en as pas déjà parlé ?

La pauvrette, dont on mesure d’ailleurs ici la familiarité de langage, n’a même pas fini de régler ses problèmes littéraires orientaux — elle confond à ma grande irritation les écrivains japonais Murakami et Mishima ainsi que je l’ai déjà révélé — que voici qu’elle confond désormais Clipperton et Shackleton.

Parfois, admirant la jolie forme de son crâne, je ne puis m’empêcher de songer au terrible processus neurodégénératif qu’il abrite ; je détourne alors mes yeux humides de crainte qu’elle ne se doute de quelque chose, et je dis quelque chose d’anodin, comme : Johnny Cadillac a été élu meilleur sosie de Johnny Hallyday.

Puisse Jah la préserver quelques années encore.

Jeudi 4 avril

Obsession pour l’exode de juin 1940, née de la lecture il y a quelques mois d’Une suite française, le livre inachevé d’Irène Némirovsky.

Je lis aujourd’hui L’exode, de l’historien Éric Alary, dont j’avais déjà apprécié L’histoire des paysans français. Il s’appuie sur des sources nombreuses, parmi lesquelles, et c’est là ce qui m’intéresse le plus, les journaux personnels tenus par les témoins du temps.

Ce qu’il faudrait, de toute façon, c’est lire tout ce qui existe sur le sujet avant de me lasser et de changer d’obsession — cela devrait donc me laisser trois semaines.

Je passe commande de nombreux ouvrages en rapport, et je pose en attendant qu’ils arrivent d’incessantes questions à Barbara et aux filles, comme : Et si nous sommes jetés sur les routes de France pour un nouvel exode, quelle direction prendre d’après toi ? Quel serait ton plan ?

Je me délecte de la naïveté des réponses, prêt que je suis grâce à l’étude des erreurs et succès de chacun dans le livre d’Alary ; paré à endosser le rôle de sauveur de famille.

1902 : Naissance de la poétesse Louise de Vilmorin.
Fiancée en son jeune âge à Saint-Exupéry, puis souvent présentée comme la dernière compagne de Malraux en son vieil âge — une relation orageuse et teintée de whisky, raconte Sophie, la nièce de Louise, qui devint la véritable dernière compagne de Malraux.

Vendredi 5 avril

Au concert du chanteur Michel Jonasz, il se produit quelque chose de suffisamment rare pour être noté : je compte parmi les plus jeunes de l’assemblée. Ce bain de jouvence inespéré me revigore tant et si bien que j’ai l’idée de devenir visiteur en établissements de retraite.

Quel besoin auraient les vampires de boire le sang des jeunes filles — avec tous les risques de contamination que cela suppose, les jeunes filles aujourd’hui étant ce qu’elles sont — s’ils faisaient de même ?

1929 : Naissance de l’écrivain belge Hugo Claus.
J’ai depuis une dizaine d’années dans ma bibliothèque son Chagrin des belges, acheté après être tombé sous le charme de la tristesse d’Ostende, où je voulais vivre et surtout mourir — ce qui a en quelque sorte failli se produire puisque j’y ai, je crois, fait l’expérience d’un petit accident vasculaire cérébral — et qu’il faudrait tout de même que je me décide à lire.

Samedi 6 avril

Un séjour à la petite maison dans la forêt avec Barbara, où nous sommes bientôt rejoints par le journaliste voué aux gémonies Alexandre H.

Le soir nous dînons dans mon restaurant favori, où se trouve un vieux chien nommé Filou qui fait beaucoup pour l’attrait du lieu. Il est interdit de nourrir ce brave Filou lorsqu’il quémande des reliefs de repas auprès des clients, car il souffre déjà d’obésité en raison d’une alimentation trop riche et abondante et d’un mode de vie sédentaire.

Or, voici qu’en pénétrant dans la grand-salle je vois affiché au mur un Menu Filou. Je crains immédiatement qu’il ne s’agisse là d’un hommage posthume ; je promène un regard affolé aux alentours, le cœur battant, animé d’un fol espoir ; quelle n’est pas ma joie alors d’aviser mon bon Filou, assis sur son gros derrière, mendiant près d’une table comme une cybermilitante féministe devant sa cagnotte d’anniversaire en ligne.

Maudite soit la mercatique qui corrompt jusqu’aux choses les plus pures.

Alexandre H. opte pour un plat composé d’animaux occis pour son plaisir gustatif ; difficile dès lors, de ne pas me dire qu’il mérite les malheurs qui lui fondent dessus, quand bien même ils ne trouvent pas leur origine dans une vengeance animale mais dans la rancœur arriviste de quelques vilaines âmes, et la lâcheté de quelques autres.

1814 : première abdication de Napoléon Ier, quelques jours avant sa tentative de suicide.

Dimanche 7 avril

Promenade en forêt : ma parka de l’armée américaine, trop grande pour moi, va parfaitement à Alexandre H. qui est doté d’une belle et forte stature ; je porte pour ma part son pendant de l’armée allemande, mieux adaptée à ma silhouette plus gracile. Barbara porte une sorte de poncho zapatiste.

Parvenus devant une excavation naturelle, nous rejouons une scène de combat de la seconde guerre mondiale dans les bois de Dordogne, avant de rentrer, fourbus, nous remettre de nos émotions devant une tasse de café — de succédané torréfié pour moi. Barbara, qui n’a rien vu de notre reconstitution historique, car elle avait bifurqué peu avant l’excavation, nous rejoint peu après.

Un arrêt à la friterie belge sur le chemin du retour pour Bordeaux. Barbara me dit que je suis fainéant, car je n’écris pas. Je trempe négligemment une frite dans ma sauce Hannibal, et détourne habilement la conversation : Que ferais-tu déjà, en cas d’exode ?

1883 : mort de Lucien Létinois.
Le lecteur attentif et régulier sait déjà qu’il patinait merveilleusement et que Verlaine en eut le cœur brisé.

Lundi 8 avril

Je résiste à la tentation de demander au psychiatre s’il a un plan concernant un éventuel exode tel que celui de juin 1940.Puisqu’il a la manie de toujours tout ramener à ma mère, nous parlons plutôt de l’exode de 1962.

Mon père m’a montré il y a peu la grosse valise de bois qu’il avait fait fabriquer sur mesure pour transporter le peu d’effets qu’ils emportèent avec eux. Ma mère était partie la première, avec mon frère alors en bas âge, à la faveur d’une place dans un avion que mon père avait intrigué pour leur obtenir. Il ne put les rejoindre que quelques semaines plus tard, semaines de trouble et d’angoisse au vu des événements : attentats, meurtres, massacres, chaleur excessive.

Il franchit enfin la Méditerranée à bord d’un gros bateau dans lequel il avait embarqué leur vieille voiture, qu’il ne retrouva pas à l’arrivée. Quel était ce mystère ? Un employé, le prenant en pitié, lui avait alors dit d’aller voir là-bas, dans le fond. Et la voiture s’y trouvait, en effet. Des collègues sans vergogne profitaient de la misère des réfugiés pour ainsi dissimuler des véhicules ; ils les débarquaient discrètement le temps que les malheureux, comme s’ils n’avaient pas déjà fort à faire dans ce pays nouveau pour eux, qu’ils étaient bien les seuls à considérer comme le leur, signalent la disparition de leur véhicule aux autorités administratives du port.

1909 : Naissance de John Fante.
J’engage le lecteur amoureux à courtiser l’objet de son désir en lui offrant un livre de John Fante ; ce procédé a parfaitement fonctionné pour moi à plusieurs reprises. Selon la sensibilité de la belle créature, et l’image qu’il souhaitera donner de lui-même, il optera pour Mon chien stupide ou Demande à la poussière, par exemple. N’ayant testé cette technique de parade amoureuse que sur des femmes, tous témoignages de son efficacité sur des hommes me seront fort utiles pour le cas où je me déciderais à écrire mon Petit traité de séduction.

Mardi 9 avril

Lecture de Raymond Dorgelès, Léon Werth, Jean Guéhenno, Zoltan Szabo, Benoîte Groult, Jean Galtier-Boissière et autres témoignages de première main sur l’exode ; la bibliographie du livre d’Eric Allary, dont je continue par ailleurs la lecture, est précieuse, car elle fait la part belle aux récits personnels des témoins de l’époque.

Évidemment, envie d’écrire une histoire qui se déroulerait pendant les événements — ne pas en parler à Barbara qui sinon me dirait de l’écrire.

Je prends des notes sur des itinéraires possibles et dresse des listes de choses à faire et à emporter dans un carnet facilement transportable, afin de n’être point pris au dépourvu en cas d’exode.

1682 : René-Robert Cavelier de La Salle, qui a atteint le confluent du Mississippi trois jours auparavant, prend possession de ces vastes étendues au nom de la France. Louis XIV, au lieu de se montrer reconnaissant, d’autant que la région a tout de même était baptisée Louisiane en son honneur, écrit au gouverneur que cette découverte est fort inutile, et qu’il faut dans la suite empêcher de pareilles découvertes. Or, chacun sait que l’on peut compter les secondes ainsi, à défaut de chronomètre — par exemple durant un exode mal préparé : one Mississippi, two Mississippies, three Mississippies, et ainsi de suite ; la découverte de La Salle est donc au contraire particulièrement utile.

Mercredi 10 avril

Je mène des recherches relatives à l’industrie du papier dans la région des Vosges, pour un projet d’écriture que je traîne depuis quelque temps à présent — j’ai commis l’erreur d’en parler à Barbara, qui m’a dit que je n’avais qu’à l’écrire. Jah lui pardonne sa brutalité.

Je ne m’interromps que pour repousser Chips, le chat qui fait office de mascotte dans cet espace de travail partagé, qui vient se rouler sur ma table, car il semble me préférer à tous les autres occupants du lieu.

C’est un brave chat, mais j’ai beaucoup de travail à cause de Barbara.

1973 : Naissance de l’attachant joueur de football Tony Vairelles, héros Lorrain aux beaux cheveux, affublé du très beau et convoité surnom Le Gitan, qui fit honneur à sa communauté en étant le premier genduvoyage à être sélectionné en équipe nationale.

Jeudi 11 avril

Rendez-vous chez le notaire décontracté — de ma vie je n’avais vu un notaire porter des baskets.

Ce n’est pas lui qui nous reçoit aujourd’hui, mais son associée, une femme superbe et compétente dont je tombe immédiatement amoureux — de ma vie je n’avais vu un notaire en talons aiguilles.

Je réponds à contretemps à toutes ses questions, car je l’admire au lieu de l’écouter. Il faudra que le chiot du notaire décontracté, échappé du bureau de son maître, vienne se tortiller à mes pieds en jappant pour que je détourne le regard de cette femme et ferme ma bouche jusqu’ici bée.

Sasha est faible et souffreteuse ; je l’accompagne effectuer les examens prescrits par la médecin.

La femme à l’accueil du laboratoire d’analyses est en formation pour cause de reconversion ; elle est très gentille mais totalement empotée avec ce que les gens comme elle appellent les outils informatiques.

Nous patientons donc, compréhensifs, Sasha suante et proche de l’évanouissement, moi tentant vainement de capter le réseau téléphonique afin d’envoyer un texto au psychiatre pour le prévenir que je ne pourrai honorer notre prochain rendez-vous en raison d’un départ en vacances.

Soudain, une femme arrive et demande un sachet pour faire pipi dedans chez elle. La femme derrière le comptoir est victime d’un bourrage papier. Un homme entre et ne respecte pas la ligne de courtoisie tracée au sol. Je suis pris dans une de ces soudaines accélérations du monde, et je ne puis rien faire qu’attendre d’être rejeté sur la grève comme un de ces morceaux de bois flotté qui font le bonheur des lectrices de magazines de décoration.

1900 : Naissance de Sándor Márai.
Il faudrait tester la technique de séduction exposée plus haut avec un livre de Sándor Márai, plus vieille Europe que John Fante ; par exemple avec Un chien de caractère, pour rester dans les livres mettant en scène des personnages canins. Ici, une précision concernant l’efficacité sur les hommes : Barbara a un jour tenté le coup avec Les Braises, mais ce fut un échec — l’homme en question étant un idiot fini je ne sais quelle conclusion scientifique en tirer, sa pauvreté d’esprit ayant peut-être pris le pas sur sa masculinité.

Vendredi 12 avril

Je reçois un massage sacro-crânien selon une ancestrale technique Andine, dans l’idée de soulager les nombreux troubles physiques auxquels je suis confronté ces temps-ci et que je soupçonne d’être liés un déséquilibre dans la composition de mon liquide céphalo-rachidien.

Je récupère les analyses de Sasha et ne résiste pas à la tentation d’ouvrir l’enveloppe sur le chemin de la maison : l’un des indicateurs est anormalement élevé, aussi pressé-je le pas sans prêter attention aux propositions commerciales des vendeurs de drogue.

J’entre en trombe dans le le bureau de Barbara et lui dis avec un visage que j’espère de circonstance : Ta fille va mourir.

Barbara, inquiète, se saisit de l’enveloppe que je lui tends, et appelle immédiatement le médecin remplaçant. Ce dernier, véritablement très insouciant, lui dit qu’il a reçu un double des analyses, que tout lui semble normal : elle souffre simplement d’une mononucléose ; rien à faire, juste attendre. Barbara semble rassurée. Je lui dis : Tout de même, c’est un remplaçant. Il n’est peut-être pas aussi fort qu’un médecin normal. Il y a un risque. Elle me demande si je n’ai rien à écrire.

65 : Mort de Sénèque.
Peut-être victime d’un médecin laxiste qui lui aura dit que les effets de la ciguë passeraient d’eux-mêmes, rien d’autre à faire que d’attendre.

Samedi 13 avril

Anniversaire de Sasha : la pauvrette ne verra peut-être même pas le prochain. Je lui offre mon cadeau avec un sourire triste, faisant mon possible pour ne pas l’inquiéter, elle qui pressent déjà certainement l’inéluctable. Je m’isole un instant aux toilettes pour trouver la force de continuer à faire bonne figure.

Départ dans le Quercy pour quelques jours de vacances.

Notre hôte nous accueille et se présente : il s’appelle Patrick. C’est un homme affable, bien peu payé de son amabilité, car Sasha, de plus en plus souffrante, sort de la voiture enveloppée dans une couverture sans répondre au cordial salut de Patrick, qu’elle n’a du reste peut-être pas entendu en raison de pertes de conscience épisodiques.

Barbara est pour sa part occupée à je ne sais quoi dans le coffre, le décharger je crois, et Judith porte ses stupides oreillettes sans fil qui font qu’on ne sait jamais si elle entend ou pas.

Je me vois donc dans l’obligation de parler à Patrick et de m’excuser pour l’inacceptable comportement des gens qui m’accompagnent, tout en essayant de les dédouaner.

La réseau sans fil ne fonctionne pas ; les enfants se décomposent. Je ris intérieurement de leur faiblesse morale, et même extérieurement puisque je ne suis réprimer un ricanement.

Immédiatement, je m’en veux : Sasha aurait bien droit d’adoucir ses derniers jours comme elle l’entend.

1963 : naissance de Gary Kasparov.

Dimanche 14 avril

Visite de Lascaux.

Sasha, qui s’intéresse aux vieilleries et antiquités au point d’envisager d’en faire un métier — la pauvrette aurait pu avoir une si belle carrière — fait preuve d’un grand courage ; elle se déplace stoïquement, à pas mesurés en raison de ses raideurs, au sein du groupe que nous formons avec d’autres touristes.

Sa situation s’aggrave après cela : elle dort sans cesse, et quand elle ne dort pas, pousse des râles devant la télévision qui diffuse les propos d’un homme que je prends d’abord pour un attardé mental, avant d’apprendre qu’il s’agit d’un chanteur nommé Soprano — l’un n’empêchant pas l’autre, évidemment.

Je dispute une partie d’échecs contre Barbara sur la table en bois du jardin, lorsque la femme de Patrick vient nous parler longuement de la triste condition des animaux. Son empathie l’honore, mais Barbara l’ignore peu ou prou, tout comme elle l’avait fait avec Patrick, car elle est concentrée sur la position désespérée de ses pièces.

Je sauve à nouveau la face sur le front de la courtoisie en acquiesçant plusieurs fois au discours de la femme de Patrick.

1930 : mort de Maïakovski, pour qui je m’étais pris d’une passion poétique un peu exagérée durant mes études universitaires, peut-être pour me donner un genre.

Lundi 15 avril

Un après-midi à Rocamadour avec Barbara, lorsque nous avons la conviction que Sasha ne mourra pas aujourd’hui : elle connaît en effet un regain d’énergie qui lui permet de faire sentir sa mauvaise humeur à tout son entourage.

Judith, de son côté, n’a que faire de Rocamadour et de son église, quand bien même elle pourrait se connecter dans un café à cette puissante ressource de vie qu’est le réseau wifi : c’est dire son inertie.

Toujours cette joie enfantine lorsque je monte dans un petit train.

Je mange une crêpe, puis deux, puis une glace, en regardant les touristes anglais tandis que Barbara consulte les nouvelles du monde sur le réseau internet. Je la mets en garde : Ne me raconte pas, le monde ne m’intéresse plus. 

Je prie Jah dans l’Église Notre-Dame de Rocamadour, ainsi que je l’avais fait en d’autres temps lors de mon voyage solitaire à Vespa sur les routes de Dordogne et du Quercy.

En sortant de l’église, où j’avais demandé plusieurs choses à la vierge noire, je vis que l’une d’elle venait être exaucée : deux grands braques de Weimar entourant sagement leur maîtresse sur le parvis — j’avais demandé à la vierge si elle pouvait me montrer des chiens. J’aurais voulu avoir une épée de chevalier pour la déposer aux pieds de cette femme hiératique, comme sortie avec ses chiens d’une tapisserie médiévale.

Je me souviens également que j’étais arrivé tardivement à l’hôtel depuis lequel on voyait la cité ; il y avait eu une erreur dans ma réservation et pour la réparer, on m’avait gratifié d’une bien meilleure chambre et d’une place de choix à la terrasse du restaurant. Le garçon d’hôtel avait insisté auprès du barman pour qu’il me prépare le Negroni que j’avais demandé, qui n’était pas à la carte ; il avait même donné la recette à l’ignorant.

Alors que je contemplais Rocamadour éclairée dans la nuit, une immense russe blonde m’avait demandé de la prendre en photo tandis qu’elle poserait devant le panorama. Ceci fait, elle regagna sa place en face d’un homme ventripotent.

Peut-être s’agissait-il d’une professionnelle de l’amour ; peut-être aimait-elle les hommes rondelets. Quoi qu’il en soit, je me pris à regretter d’être si affûté.

Après le dîner, je retournai lire le réjouissant Michel Folco dans ma jolie chambre avant de m’endormir comme un bébé ; demain la route serait longue mais c’est une autre histoire.

De retour au gîte, je constate avec soulagement que personne n’est mort.

Le soir je bats tout mon petit monde à plusieurs jeux de société, et cela allège ma peine.

2003 : naissance de Kiyane, chanteuse de talent et futur institutrice. 
Cette mention en mauvais français figurant à la page consacrée au 15 avril sur Wikipedia me semble le fait de la Kiyane en question, et j’entends lui rendre hommage malgré la faible qualité de son égotique modification.

C’est que je suis moi aussi un modificateur — malheureux — de pages Wikipedia.

Ainsi, il y a bien des années, le journaliste pour mamans David Abiker, dont la notoriété était me semble-t-il plus forte à l’époque, avait perdu tout sens commun en acceptant de poser boudiné en combinaison de Spider-Man le temps d’une photographie.

Sa publication sur le réseau social Twitter avait déclenché l’hilarité de nombreux internautes — avec le recul, je me demande si on ne pourrait pas dater de cette époque les débuts de la dissociation entre compétence professionnelle et clowneries numériques qui nous a menés à l’absolue perte de crédibilité de toute une profession — et j’avais foncé sur Wikipédia ajouter à la partie Versions alternatives et dérivées de la fiche consacrée au super-héros américain la mention : Spider Abiker (assortie d’un petit texte dont j’ai oublié la teneur).

Mais cette modification, contrairement à celle de la jeune Kiyane, n’avait pas fait long feu ; elle fut supprimée en quelque minutes, et j’avais beau m’acharner à remettre la fiche à jour, le censeur mettait autant d’énergie à supprimer mon trait d’esprit.

Je compris alors que le journaliste David Abiker comptait parmi les puissants.

Mardi 16 avril

Départ tous ensemble pour Sarlat, car Sasha se sent mieux — j’ai eu vent de nombreuses rémissions passagères sur le chemin fatal de maladies mortelles. L’infortuné, heureux et surpris de souffrir un peu moins, d’être en mesure de faire quelques pas, se trouve soudain plein d’énergie et d’espoir ; il n’a à la bouche que les mots guérison et avenir.

Par exemple, dans le journal de Barbellion (à qui je consacrai ma seconde infolettre, qui n’avait pas encore sa forme de actuelle) : il suffisait d’un peu de soleil sur sa peau malade, d’un peu de vitalité, pour qu’il imagine surmonter sa sclérose en plaques — le pauvre homme ignorait jusqu’au nom de sa maladie — et faire un enfant.

Évidemment, je conseille la lecture, à défaut de l’infolettre en question, du Journal d’un homme déçu de Barbellion (il y mentionne celui de la fascinante Marie Bashkirtseff, ce qui me donna envie de la lire).

Sasha va tellement mieux qu’elle m’accompagne acheter du pain ; le boulanger qui nous sert, obséquieux et efféminé, porte bien ses jolies rondeurs son teint de pêche bien mûre. On le croirait sorti d’un roman de Proust.

À mon retour Barbara m’informe que Notre-Dame a brûlé hier, ce qu’elle ignorait faute de réseau ; je lève la main et lui dis d’un ton sentencieux : Ne me raconte pas, le monde ne m’intéresse plus.

Une séance de cinématographe ; Barbara, qui n’apprécie manifestement pas la bonne humeur, n’aime pas le film ; lorsqu’elle le déclare sur le parking je clame mon incompréhension avec de grands gestes.

Dans la voiture, Sasha fait une rechute soudaine d’une telle ampleur que nous gagnons le service des urgences de l’hôpital de Sarlat.

Elle est vidée de ses forces, ses jambes sont raides, je dois la soutenir pour gagner l’espèce de sas où il faut sonner pour annoncer son arrivée.

Je songe un instant à quelque action dramatique, comme par exemple défoncer la porte vitrée à coups de pieds en hurlant : Il faut sauver mon enfant* avant de me laisser maîtriser de bonne grâce en la regardant partir sur un brancard à roulettes vers la salle d’opération, enfin quelque chose de cinématographique dans ce genre-là ; mais non, c’est inutile, une médecin vient nous trouver.

Barbara accompagne Sasha derrière le paravent de fortune, tandis que je reste dans la minuscule salle d’attente avec Judith.

Des cris de douleur s’échappent de la grande salle, il me semble reconnaître la voix de Sasha mais c’est difficile à dire avec l’écho ; je sors de la salle d’attente pour jeter un œil derrière le paravent : des lits vides. Est-il possible d’évacuer les corps si vite ? J’ai en tête des scènes d’amputation à même le champ de bataille.

Soudain, j’avise un distributeur automatique et glisse une pièce dans sa fente pour faire tomber un sachet de confiseries ; je suis en train de secouer la machine lorsque Barbara passe le paravent et me demande d’aller chercher les analyses sanguines de Sasha dans la voiture.

Je reste à la fixer, les bras ballants : mes pensées se mélangent, est-ce Sasha qui criait, puis-je aller sur le parking alors que mon sachet de bonbons n’est toujours pas tombé, pourquoi n’a-t-elle pas aimé le film ?

Je dis : Mais mon paquet de bonbons n’est pas tombé. Elle renouvelle sa demande et tourne les talons. Enfin, je me reprends ; je cours jusqu’à la voiture, avec le sentiment de sauver une vie, e saute par dessus une rambarde en appui sur une main pour gagner du temps ; une minute ne s’est pas même écoulée avant que je sonne, remette les analyses, et récupère mon sachet de bonbons tombé entre-temps.

Nous repartons chargés de comprimés destinés à atténuer la douleur, car, ainsi que le dit le corps médical depuis le début de cette triste affaire : il n’y a rien à faire d’autre que d’attendre.

J’ai bien mérité mes bonbons, me dis-je en les boulottant.

1921 : dépôt du brevet de La vache qui rit.
La pratique commerciale qui consiste à présenter des animaux tellement heureux d’être consommés qu’ils incarnent la marque avec fierté, possède, je crois, un nom, mais je l’ai oublié. C’est par exemple, outre cette vache hilare, ce cochon bonhomme et souriant tenant des couteaux de boucher.

* Biologiquement inexact, mais scénaristiquement intéressant.

Mercredi 17 avril

Course dans les bois avec Barbara, tel un couple de canis lupus, puis journée au gîte.

Je remporte une nouvelle victoire sur Barbara aux échecs, et cette dernière est si mauvaise perdante que je me promets comme à chaque fois de ne plus jamais jouer contre elle.

Je lis Joseph Campbell, Le héros mille et un visages. Intéressant mais fouillis ; peut-être la traduction qui pêche.

1911 : naissance d’Hervé Bazin et par lui, trente-sept ans plus tard, de l’inoubliable Folcoche.

Jeudi 18 avril

Départ pour Bordeaux.

Patrick n’est pas là pour nous souhaiter bonne route, et je m’en félicite, car personne ne lui aurait parlé et je me serais senti encore obligé de m’excuser.

A quelques kilomètres du gîte, je suis parcouru par un frisson d’horreur : j’ai oublié, sous l’évier, un sac plein de croquettes ainsi que les bouteilles de verre vides.

Personne ne veut faire demi-tour.

J’y songe encore lorsque nous déjeunons à Périgueux Barbara, Judith et moi — Sasha se sent si mal qu’elle préfère rester dormir dans la voiture, avec le chien.

Au moment du dessert je m’éclipse pour faire un tour dans ma librairie préférée de Périgueux, qui est devenu moins fréquentable depuis le changement de propriétaire (un homme à la très mauvaise dentition qui m’avait dit venir de Brest ou de ses environs). J’en veux pour preuve que je n’y trouve qu’un seul livre de Wodehouse que, pris d’une irrépressible envie d’humour anglais, j’avais envie de lire dans l’instant.

Je ne l’achète pas, car je ne le trouve pas drôle. Il est possible que j’aie surestimé Wodehouse après avoir particulièrement goûté les premières pages de son autobiographie Hello, Plum !

De retour à la maison je me rends compte qu’en raison de mon état de choc (les croquettes oubliées chez Patrick et la librairie mal pourvue en humour anglais) j’ai oublié mon sac de créateur madrilène à Périgueux au pied de ma chaise, à la terrasse de la brasserie.

Je téléphone, catastrophé : on a bien retrouvé mon sac, et on me demande d’envoyer mon adresse par courriel, car, après que j’ai insisté et supplié, on va voir si on peut me renvoyer mon précieux sac par la poste — sans certitude, cependant.

1893 : naissance de Violette Morris.
Les femmes libres ont souvent des ennuis.

Vendredi 19 avril

Barbara part pour plusieurs jours assister à un festival de zozos à tambours et les filles partent chez leur père.

Je gagne l’espace de travail partagé où j’écris avec difficulté, puis, découragé, je rentre lire Campbell ; en réalité je m’endors pour plusieurs heures et lorsque je m’éveille, l’après-midi touche à sa fin.

Je suis, après ces jours entiers passés en compagnie de Barbara et des filles, déboussolé d’être seul ; je me fais l’effet d’être un de ces animaux d’élevage à qui on rend soudainement la liberté et qui, après une période d’incrédulité, se mettent à faire des sauts dans le pré, à cette différence près que je suis trop épuisé pour sauter.

J’ai l’impression que mon corps décompense.

1824 : décès de Lord Byron.
Je n’ai rien contre lui mais enfin, comme je l’ai dit à plusieurs reprises ici-même, je trouve un peu énervant de ne jamais pouvoir aller nulle part sans trouver une plaque expliquant qu’il est déjà venu avant. Au moins aura-t-il cessé son petit manège à compter de 1824.

Samedi 20 avril

Lecture et oisiveté.

1992 : mort du comique anglais du dimanche soir Benny Hill, dans son fauteuil devant la télévision. Quelques mois plus tard, sur la foi d’une rumeur selon laquelle il aurait été enterré avec des bijoux en or, des voleurs exhument son cercueil — en vain.

Dimanche 21 avril

Lecture et oisiveté, encore, mais entrecoupées d’une visite à la brocante où j’ai une discussion intéressante avec mon bouquiniste favori, qui a coupé ses longs et superbes cheveux — la discussion ne porte pas sur ce point, mais sur la nouvelle édition des Essais de Montaigne, sur laquelle je n’ai pas d’avis tranché.

Pourquoi diable l’émission télévisée Le jour du Seigneur n’évoque-t-elle jamais le rastafarisme ?

1966 : Visite de Hailé Selassié en Jamaïque. À son arrivée, des milliers de fidèles lui réservent un accueil triomphal ; les autorités sont débordées. Le Negusse Negest, dans sa sagesse et sa bonté, concède alors aux rastafariens des terres à Shashamané, au sud d’Addis-Abeba.

Lundi 22 avril 

Lorsque je demande au psychiatre si je dois lui régler la séance que j’avais annulée un peu tardivement, suite aux difficultés techniques que je rencontrai au laboratoire d’analyses, il me répond : Qu’en pensez-vous ? Je réfléchis un certain temps et je lui dis : J’ai annulé tardivement, je vais vous régler la séance.

Je dis cela avec un air réfléchi ; en réalité, j’ai été influencé par la drôle de mimique qu’il a eue au moment où il me demandait ce que j’en pensais. J’ai senti que derrière cette mimique, il y avait le sentiment que j’avais annulé trop tardivement.

Les conclusions que nous pourrions tirer lui et moi de ma réponse sont donc erronées, mais je suis le seul à le savoir.

Au delà, sa pingrerie me conforte dans l’idée que j’ai bien fait de ne pas lui communiquer mes nombreuses astuces en vue du prochain exode.

1899 : naissance de Vladimir Nabokov.
Tellement de choses à dire qu’il vaut mieux ne rien dire de peur d’être incomplet. Envie de relire Chambre obscure et L’enchanteur avant tous les autres, à moins de procéder par leur ordre chronologique d’écriture, en parallèle de la lecture de sa biographie par Brian Boyd.

Mardi 23 avril

Un an de journal.

Jamais je ne fus plus persévérant, malgré les interruptions ; à chaque jour son entrée et sa date anniversaire en vue de constituer mon éphéméride personnelle. À présent que je risquerais de radoter après ce tour de calendrier, il m’apparaît vain de continuer à livrer ces petites anecdotes historiques.

Jah sait combien il me fut parfois difficile d’aller contre ma nature indolente, et combien de force je puisai alors dans les encourageants messages de lecteurs*. D’autres fois, lorsque je prenais trop la confiance, ou que j’avais conscience de me comporter comme un petit crâneur, je relisais les messages où ils me reprochaient gentiment d’avoir confondu Orwell et Wells, d’avoir écrit que Virginia Woolf était de nationalité américaine, ou d’autres choses abominables.

1616 : Mort de Cervantes et de Shakespeare.
Je mets au défi quiconque de trouver plus funeste date pour la littérature.

* Ceux-là figurent sur une liste particulière, intitulée Mes abonnés préférés. 

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