DU 3 AU 16 SEPTEMBRE 2018

OÙ J’EXPÉRIMENTE LES CONSTELLATIONS FAMILIALES

Chèr(e) abonné(e),

Plutarque disait : La vanité la plus méprisable est celle de celui qui ne parle que de lui-même.

Ma tristesse est immense à l’idée que cet homme admirable se serait désabonné de la présente infolettre dès le premier courriel.

3 septembre

Il y a, relativement aux quais de Bordeaux, plusieurs problèmes que la municipalité gagnerait à régler.

D’abord, pour être au plus près du fleuve, des cyclistes empruntent la voie piétonne plutôt que de rester sur celle qui leur est destinée, et sur laquelle sont justement dessinés des vélos.

Ensuite, lorsqu’un bateau de croisière accoste, son équipage installe de vilaines barrières qui empêchent le passage des badauds.

Cet empiètement ajoute à la laideur des navires dont se déversent des flots de barbares en short qui, inutilement protégés par ces immondes haies métalliques, ne feront que quelques mètres à pied pour rejoindre le petit train électrique qui les promènera dans la cité.

Inutile cependant de s’attarder sur ce sujet, le lecteur étant au fait aussi bien que moi-même des crimes engendrés par le tourisme de masse.

Aussi, autant laisser au médiatique et plaintif Sylvain Tesson, dont c’est le métier, le soin de tartiner de nouvelles pages dégoulinantes de lieux-communs sur les laideurs du monde contemporain.

Reprise de la lecture de La montagne magique : Joachim, le cousin d’Hans Castorp, est de retour au sanatorium, qu’il avait insisté pour quitter malgré l’avis médical du directeur.

C’est qu’il voulait prendre part aux manoeuvres de préparation de la première guerre. Las, son corps l’a trahi, et le voici donc de retour hors du temps.

Barbara estime que je devrais me rendre chez le coiffeur afin d’y faire encadrer la pousse de mes cheveux et de ma barbe ; je m’y refuse absolument car, me sentant ces temps-ci particulièrement libre et félin, je compte bien profiter de ce sentiment le plus longtemps possible.

Je me vois en effet comme une sorte de tigre blanc, même si les tigres ne sont pas réputés pour leur crinière.

Cela me rappelle en outre ce voyage au Sri Lanka, où j’avais envisagé de m’installer comme chauffeur de tuk-tuk ; j’avais prévu d’orner d’un tigre blanc la tôle de mon véhicule pétaradant.

Ce projet fut même suffisamment avancé pour que j’aille trouver un chauffeur et lui pose différentes questions sur son métier.

Nous avions sympathisé tant et si bien qu’il m’avait invité à un concert de musique jamaïcaine qu’il donnait le soir-même avec son groupe.

Tout ce voyage avait du reste été placé sous le signe de Jah.

Ainsi lorsque Barbara et moi avions pris place à l’aube à l’arrière d’un véhicule tout-terrain en route pour une réserve animalière : Tu ne trouves pas que je ressemble à un mercenaire ou même à un casque bleu en route pour rétablir la paix, lui demandai-je en prenant des poses tandis qu’elle tentait de se rendormir entre deux secousses.

Soudain un air connu et aimé avait retenti dans la jungle : la chanson Jérusalem d’Alpha Blondy, que notre chauffeur, un gros homme débonnaire, avait élue pour sonnerie de téléphone.

Combien furent nombreux, durant ce voyage, les signes de Jah m’incitant à rester dans ce beau pays !

Celui-ci encore : l’écrivain Nicolas Bouvier, que j’admire, passa plusieurs mois dans la forteresse de Galle, où il tomba gravement malade et écrivit Le poisson scorpion.

En voici, un véritable écrivain-voyageur, et je ne saurais que trop vous conseiller la lecture de L’usage du monde qui vaut à lui seul tous les volumes du graphomane technophile Tesson.

1189 : couronnement du roi d’Angleterre Richard Coeur de Lion.

Que le surnom d’un tel homme, respecté de tous, jusqu’au grand Saladin lui-même, puisse en toute légalité être sali par une utilisation mercantile sur un emballage de Camembert me paraît absolument dégoûtant. 

4 septembre

Il y a dans mon quartier un vieil homme qui se promène avec un micro pour enfants, et chante une chanson dans sa langue à tous ceux qui lui donnent de l’argent.

Jusqu’à l’année dernière, il transportait avec lui un orgue électronique en plastique, qu’il réglait sur un programme musical pré-enregistré avant de se dandiner sans grâce.

Appréciant ses prestations, je n’ai jamais manqué de lui glisser la pièce. C’est pourquoi aujourd’hui, me voyant attablé devant mon thé à la menthe, il s’approche et me dit : Toi Papy toujours tu me donnes de l’argent.

Il emploie distinctement le mot papy.

J’ai envie de le secouer jusqu’à faire tomber toutes les pièces que je lui ai données au fil du temps. D’ailleurs cette fois, je n’en ai pas à lui donner.

Il s’éloigne, souriant comme toujours, et lance : Inch Allah Papy la prochaine fois.

Mais tandis qu’il disparaît, insouciant, Papy songe : compte là-dessus mon p’tit vieux, compte là-dessus.

Je pensais qu’un petit malin s’amusait depuis plusieurs semaines à un jeu irresponsable et dangereux consistant à ouvrir en rayon toutes les briques de lait végétal ; or je découvre qu’elles sont désormais équipées d’un dispositif intégré : l’opercule est automatiquement percé dès lors qu’on dévisse le bouchon. Astucieuse invention.

J’invente souvent des choses, moi aussi.

Barbara ne m’appelle plus que Touffu. Un véritable guerre psychologique débute.

1768 : naissance de Chateaubriand.

Sa maison natale, face aux remparts de Saint-Malo, a été transformée en hôtel.

J’y ai passé une nuit. La laideur de la décoration le disputait à l’inconfort. Le personnel de l’hôtel, béat, inconscient de sa responsabilité historique, ne voyait pas le problème.

5 septembre

Face au Grand Théâtre, dans un immeuble cossu, les tentacules violettes d’une pieuvre gonflable géante dépassent des fenêtres d’un appartement.

Il s’agit d’art contemporain.

L’oeuvre m’en rappelle une autre qui m’avait un peu effrayé* la première fois que je l’avais vue : une queue de cétacé dépassant de l’eau, quelques dizaines de mètres au large de la plage d’Arcachon.

J’observe la gérante du salon de thé.

Elle a choisi pour son établissement l’enseigne suivante : Chris’teas. Est-ce Christine ou Christiane ? C’est une dame blonde entre deux âges, absolument charmante, dont le sourire est toutefois gâché par des traces de rouge à lèvres sur ses dents.

Elle est si enjouée que j’envisage de prendre la carte Loyau’thé qui permettrait d’obtenir des réductions.

Ne fréquentant ce quartier sinistre de Bordeaux que contraint et forcé, je me ravise.

Pressentant qu’elle ne me reverra probablement jamais, Chris me demande d’un air attristé : Vous partez déjà ? Je lui réponds : Et oui, je serais bien resté un peu, mais j’ai rendez-vous.

C’est exact : je me rends à une consultation de constellation familiale dans une rue adjacente au Chris’teas.

La femme avec qui j’ai rendez-vous semble un peu médium. Elle avait déclaré à Barbara en mon absence ressentir des choses à mon sujet** ; elle avait également fait référence à des épisodes intimes et presque secrets de ma vie.

Épatant : comment pouvait-elle les connaître alors que nous étions des étrangers l’un pour l’autre ?

Soupçonneux, j’avais cuisiné Barbara pour m’assurer qu’elle ne lui aurait pas d’elle-même naïvement donné quelques indications sans s’en rendre compte.

J’avais également vérifié que la femme ne pouvait pas avoir trouvé ces informations sur le réseau Internet, mais elle ne connaissait même pas mon nom.

Ceci, par ailleurs sans rapport avec les constellations familiales, avait donc suffisamment attisé ma curiosité pour que je me décide à la rencontrer.

C’est une belle femme blonde à la poitrine opulente qui m’accueille dans un appartement lumineux.

Elle m’explique ce que sont les constellations familiales tandis que je bois mon café en la regardant autant que possible dans les yeux, et d’un air que j’espère mystérieux.

Je lui fais part de la question que j’aimerais aborder avec elle, qui constituera le thème de la séance.

Elle me demande de lui parler de mes ancêtres et me dit que je ne fais pas mon âge***.

Air mystérieux, toujours.

Elle prend des notes, hochant parfois joliment la tête.

Air mystérieux.

Un peu plus tard, me voici marchant sur des feuilles de papier au recto desquelles elle a écrit quelque chose que j’ignore, et parlant à des cailloux qu’elle m’a demandé de choisir dans une boîte.

La séance terminée je quitte le luxueux appartement sous le charme, tâtant dans ma poche les trois cailloux qu’elle m’a offerts.

Je me sens allégé.

Je n’en tire pour le moment aucune conclusion — air mystérieux.

Tout ceci m’a mis en retard pour mon déjeuner avec le journaliste Matthieu H. qui non content de m’inviter, m’offre deux livres ; c’est à grand peine que je cache mon émotion.

1661 : arrestation de Nicolas Fouquet par d’Artagnan, sur ordre du roi.

Fouquet est l’un de mes personnages historiques préférés.

Sa devise quo non ascendet**** ? m’a toujours inspiré, et j’ai un temps songé à adopter des armoiries inspirées des siennes — c’est à dire représentant au moins un écureuil.

*J’étais encore, à cette époque, peu au fait des subtilités de l’art contemporain.
** Jusque là rien d’inhabituel.
*** Prends-ça, joueur d’orgue
**** Jusqu’où le montera-t-il pas ? — à mettre en rapport avec le petit écureuil.

 6 septembre

Je déjeune d’un tajine de légumes avec Barbara avant de prendre la route, un peu à contrecoeur, pour la région parisienne.

Je me rends en effet chez mes parents afin de veiller sur ma mère durant la courte hospitalisation de mon père.

Le voyage me paraît long, difficile. Je suis fatigué. Je fais plusieurs pauses, durant lesquelles le chien creuse de grands trous dans l’herbe des aires de repos.

Il fait nuit lorsque j’arrive enfin à destination.

Ma mère, qui n’a plus toute sa tête, me dit : Oh tu ressembles au type de la télé.

Impossible de savoir de quel type elle parle, peut-être croit-elle d’ailleurs qu’il n’y a qu’un type dans la télé.

Je quitte la pièce un instant, et lorsque je reviens au salon elle me dit : Oh, tu ressembles à ton beau-père.

Elle confond le père de Barbara, qu’elle n’a jamais rencontré, avec le beau-père de mon neveu — un homme qui arbore en effet cheveux blancs et noble barbe blanche.

Puis elle conclut : Oh mais tu es vilain comme ça tu devrais aller chez le coiffeur.

Elle semble avoir attrapé cette lubie de commencer toutes ses phrases par Oh, et choisi le camp de Barbara.

Elle dit encore deux ou trois choses qui pourraient aisément alimenter plusieurs numéros de la présente infolettre, mais j’ai préféré les oublier au plus vite.

Il est déjà bien tard lorsque je me glisse sous les draps, dans ma chambre d’étudiant où sont encore alignés, tout autour de la pièce, codes et précis Dalloz ; je ne jurais, durant mes études, que par cet éditeur dont j’appréciais l’austérité.

Lorsque j’ai récemment rempilé, le temps d’obtenir un diplôme en droit animalier, on m’a offert un code civil sponsorisé par 30 millions d’amis : comme il dérangerait ce bel agencement, avec sa couverture noire !

L’honnêteté me commande de préciser que j’ai été un étudiant en droit animalier assez moyen, mais demeurera toujours ma fierté d’avoir compté parmi les premiers diplômés universitaires de cette spécialité nouvelle, qui aura rendu le Président de la Fédération Nationale des chasseurs suffisamment furieux pour le pousser à écrire à son bon ami le Président de la République française afin de se plaindre de l’existence de ce cursus.

1683 : Mort de Colbert.

C’est bien fait pour lui, il avait largement oeuvré à la disgrâce de Fouquet.

7 septembre

Aux aurores : départ de mon père pour l’hôpital.

Il me laisse pléthore de consignes — toujours les mêmes. C’est pour lui une façon de combattre son anxiété, car il craint de ne jamais se réveiller après l’anesthésie.

Le problème, c’est que son anxiété devient la mienne.

Puis le défilé habituel, épuisant mais nécessaire, commence.

D’abord, c’est la visite d’un technicien venu réparer un dispositif d’appel d’urgence.

Ma mère est en effet équipée d’une médaille sur laquelle elle peut appuyer, en cas de chute par exemple, déclenchant ainsi des appels téléphoniques en cascade : d’abord un proche, un autre, puis, si ces derniers ne répondent pas, une société de surveillance qui dépêche immédiatement quelqu’un sur les lieux.

Or donc, quelque chose ne fonctionne plus. Le réparateur jette un oeil et constate que deux prises ont été interverties, probablement par mon père.

La question est : pourquoi ? pourquoi diable a-t-il ressenti le besoin de débrancher des prises minuscules pour les rebrancher dans le mauvais ordre ?

Ensuite, c’est au tour de l’assistante de vie qui vient pour aider ma mère.

Je ne l’ai pas vue depuis longtemps, et me précipite sur elle pour lui faire la bise.

La pauvre femme a un mouvement de recul et me lance un regard effrayé : je l’ai malheureusement confondue avec une autre, qui apprécie ces effusions, alors qu’il s’agit ici de Pascale, celle qui est peu commode et se contente toujours d’une poignée de main professionnelle.

Je m’en veux d’autant plus que, comme elle, je rechigne à ces marques de cordialité dont les autres assistantes sont friandes.

Puis arrive la femme de ménage, qui m’apprend qu’il y a eu une inondation au premier étage ; voici donc pourquoi, dans les toilettes, mon exemplaire de Connaissance par les gouffres d’Henri Michaux est maintenant tout gondolé.

Il s’agit d’un livre écrit sous l’influence de la mescaline, dans une démarche non pas hippiesque mais scientifique, médicale et littéraire, que j’ai acheté du temps où j’étais à l’Université et oublié ici.

Oubli également, cette fois à Bordeaux, de mes vêtements de course à pied.

Je me rends donc au supermarché le plus proche et j’y fais l’acquisition d’un bas de jogging que, pressé par le temps, je n’essaye pas sur place.

Une fois rentré, paradant devant ma glace, je constate qu’il est tout de même assez près du corps, pour tout dire très étroit.

Il s’agit manifestement d’un modèle pour femme.

Je l’enfile, le désenfile, indécis car il n’en est pas moins seyant. Puis c’est la catastrophe : l’étiquette se détache.

Acceptera-t-on de me le reprendre ?

Depuis l’hôpital, appels multiples de mon père, qui pourraient sans peine s’assimiler à du harcèlement.

Je viens pourtant à peine de le quitter après avoir entièrement reparamétré son smartphone, comme à chaque fois.

Il a des façons si inventives de le bloquer que je ne parviens en général même pas à m’imaginer la suite de manipulations qu’il a effectuées pour en arriver là — impossible donc d’entrer dans sa logique et de lui expliquer quoi faire à l’avenir.

Entame du quatrième tome de La Recherche : Sodome et Gomorrhe.

Le narrateur comprend enfin que Charlus est gay. Quel manque de gaydar* ! Je m’en doute depuis Du côté de chez Swann, mais il est vrai que tout le monde n’est pas fin limier.

Ma mère, au dîner : Oh tu ressembles au type de la télé ; puis, alors que je lui détaille le programme télévisé : Oh, tu ressembles à ton beau-père.

1726 : naissance du joueur d’échecs et compositeur André Danican Philidor.

Il devient à un jeune âge le plus fort joueur du Café de la Régence, haut-lieu échiquéen de Paris où il rencontre accessoirement Jean-Jacques Rousseau, lui-même pousseur de bois.

Philidor a écrit l’un des premiers traités sur le jeu** intitulé L’analyse des échecs, contenant une nouvelle méthode pour apprendre en peu de temps à se perfectionner dans ce Noble Jeu.

Il y rompt avec les conceptions antérieures, celles de ses contemporains, situées entre intuition et imagination.

Il y introduit de la science et met sur pied un système rationnel, notamment dans l’emploi des pions, fidèles petits fantassins : les pions sont l’âme du jeu d’échecs, affirme-t-il.

On a conservé la trace d’une partie qu’il a remportée contre le Turc mécanique, un automate soit-disant joueur d’échecs ; en réalité un nain, très fort joueur, était dissimulé dans le mécanisme dont il actionnait les bras au moyen d’un ingénieux système de miroirs.

J’ai en ma possession un exemplaire assez ancien du livre de Philidor, offert par un ami contre qui je disputais des parties à l’Université.

*Détecteur d’homosexualité
**Réduire les échecs à un simple jeu peut paraître insultant et je m’en excuse, mais c’est Philidor lui-même qui emploie le terme.

 8 septembre

L’assistante de vie qui vient le samedi et le dimanche est polonaise.

Je la comprends à grand peine mais, comme il s’agit d’une femme très attirante, je lui propose toujours un petit café.

Elle se prénomme Aneta, et me conte ce matin cette extraordinaire histoire : hier soir, alors qu’elle fumait une cigarette à son balcon, elle a vu trois hommes tenter de forcer sa voiture. Elle les a hélés avant de dévaler l’escalier le plus vite possible, mais déboulant sur le parking, prête à tout pour protéger son bien, elle a constaté que les malfaiteurs avaient décampé.

Elle me raconte par ailleurs qu’elle a longtemps vécu en France sans ressentir le besoin d’apprendre le français, car elle vivait au milieu d’une communauté d’hommes et de femmes polonais.

Puis elle en a eu assez.

Elle dit : Les hommes polonais pas possible ça suffit. Maintenant moi mari français, très bien comme ça.

Ainsi donc, la belle Aneta est mariée — fin limier.

Appel de mon père, contrarié : il a introduit une pièce dans le distributeur du hall de l’hôpital, a sélectionné sa boisson, mais attendu longtemps, et en vain, qu’il se passe quelque chose.

Course à pied matinale écourtée, à cause des chasseurs qui tirent et hurlent dans les bois avoisinants.

La chasse n’était pourtant censée reprendre que dimanche prochain dans la région.

Vérification faite auprès de la mairie, elle a déjà repris pour certaines espèces, et reste autorisée chaque dimanche pour d’autres.

On ne peut donc même plus se fier aux dates officielles d’ouverture de la chasse pour éviter de risquer sa vie dans les bois.

Au supermarché, j’explique à la femme de la caisse centrale : Je suis désolé, l’étiquette est tombée lorsque je l’essayais.

Elle me répond : Ah c’était pour vous ? Mais c’est un modèle pour femme.

Je rougis.

Elle téléphone à la responsable du rayon qui accepte de reprendre le survêtement. Immense soulagement.

Je peux dès lors me diriger, muni d’un avoir, vers le rayon Sport en me jurant de faire plus attention cette fois.

1963 : adoption par référendum de la première constitution de l’Algérie.

Parmi les cailloux auxquels j’ai parlé lors de ma consultation de constellation familiale, il y en avait un qui représentait l’Algérie.

9 septembre

J’interroge ma mère au sujet de son père, ce que je n’avais jamais vraiment fait jusque là.

Mon grand-père était lui aussi l’un des cailloux de la constellation familiale, et la consultation a beaucoup tourné autour de cet homme que je n’ai jamais connu ; très habile de ses mains, doué d’une grande sensibilité artistique, il est mort dans un dramatique accident.

Ma mère m’en parle volontiers, pour autant que sa mémoire le lui permet.

La discussion dévie sur les circonstances de son enfance à elle, bien malheureuse.

Soudain, elle dit : Oh, tu ressembles au type de la télé. Qu’est-ce que tu es vilain comme ça, on dirait ton beau-père.

Sodome et Gomorrhe : le narrateur n’est vraiment pas un dégourdi.

Appel triomphal de mon père : il a compris ce qui s’est passé hier avec le distributeur.

À la suite d’une nouvelle tentative aujourd’hui, il s’est aperçu que la boisson était délivrée derrière une sorte de paravent qu’il fallait écarter pour s’en saisir.

Sa satisfaction d’avoir eu le fin mot de l’histoire prend le pas sur ses légitimes regrets d’avoir la veille payé une boisson pour rien.

1828 : naissance de Léon Tolstoï.

Aucune anecdote particulière sur ce grand homme.

Celle-ci, peut-être, à la réflexion : j’ai appris qu’il était une véritable force de la nature et qu’il se baignait parfois nu dans les eaux glacées des fleuves de Russie. D’où cette question insoluble : était-il plus fort, ou moins fort que l’increvable Raspoutine ?

10 septembre

Promenade au jardin avec le chien.

Je pousse jusqu’à la rivière qui délimite le terrain et sur laquelle, enfant, je naviguais en barque avec mes petits camarades.

Le niveau de l’eau a tellement baissé que cela ne serait plus possible aujourd’hui.

J’y pêchais le goujon, et quelquefois l’anguille. Il y a bien longtemps qu’elle ne contient plus de poissons.

L’espace d’un instant, il me semble sentir l’odeur mélangée de vase et de bois mouillé qui enveloppait nos jeux aquatiques.

J’entends des cris qui proviennent de la cour de la petite école où j’ai commencé mes brillantes études : elle a bien changé, elle aussi.

On a ajouté des bâtiments, on en a détruit d’autres, on a installé un terrain de sport, on a remplacé les marches de l’escalier, usées, creusées par des générations de petits postérieurs.

Le grand tilleul, heureusement, est toujours dans la cour et les enfants continuent de tourner autour comme je le faisais. Il est étrange que j’entende si distinctement les enfants qui jouent de là où je me trouve : est-ce à cause du sens du vent, ou d’arbres qu’on a coupés ?

Lecture de Rouvrir le roman, de Sophie Divry :

L’écrivain justifie son existence quand il ne dit pas la même chose que le journaliste, le sociologue ou la confidence amicale. Il devra peiner longtemps pour parvenir à saisir cette chose, et souvent il n’y réussit qu’inconsciemment, et qu’imparfaitement. Un écrivain, comme une société, comprend lentement ce qui lui arrive. Il faut du temps pour s’emparer de ce qui nous désempare. L’enjeu n’est donc pas d’inventer des formes nouvelles pour en mettre plein la vue, mais bien de chercher à mettre au jour cette matière sensible qui nous échappe afin de rendre cette vie, comme disait Proust, enfin découverte et éclaircie. 

Je trouve mon père dans la cuisine et manque de pousser un cri.

Peut-être est-il mort lors d’un accident d’anesthésie finalement, et son fantôme est-il passé me gratifier d’un dernier salut, comme cela arrive parfois selon certains témoignages ?

En réalité, son opération s’est si bien déroulée qu’on l’a laissé sortir avec un peu d’avance. Il n’a pu me prévenir : son smartphone est de nouveau bloqué.

Journée mondiale de la prévention du suicide.

Quelques écrivains suicidés que j’apprécie : Hubert Aquin, Richard Brautigan, Drieu La Rochelle, Romain Gary, Ernest Hemingway, Yukio Mishima, Henry de Montherlant, Cesare Pavese, Virginia Woolf, Stefan Zweig.

 11 septembre

Course à pied matinale : pesant, souffle court, jambes douloureuses. Manque de tonus généralisé.

Quelque chose ici siphonne mon énergie vitale, je l’ai constaté à chacune de mes dernières visites.

Mon père aurait-il laissé installer un compteur Linky ?

Les toilettes, dont l’eau s’écoulait de plus en plus difficilement, sont désormais bouchées.

Mon père se refuse à appeler un plombier : C’est moi qui ai posé les tuyaux il y a quarante ans, c’est à moi de les déboucher assène-t-il — rapide calcul : il avait donc cinquante ans.

Puis, Kärcher en main, d’un air décidé : T’en fais pas je maîtrise. Le Kärcher ne s’avérant d’aucune utilité, il entreprend ensuite de démonter les toilettes afin d’accéder à la tuyauterie. Les eaux usées, comme on les appelle pudiquement, se répandent en une flaque odorante et marron, qu’il ne remarque pas, et dans laquelle il piétine avant de se ruer à l’étage où il pense avoir situé le problème.

Je lui emboîte le pas, serpillère en main, épongeant tant bien que mal entre deux hauts-le-coeur les traces pestilentielles qu’il laisse sur son chemin.

Il n’entend rien de ce que je lui dis car, comme d’habitude, ses appareils auditifs sont déréglés. Il s’entête. Commence à détruire la partie du mur dissimulant un coude du tuyau. Le coude se situe en réalité plus loin. J’ai de plus en plus envie de déféquer.

Je le conjure d’appeler un plombier.

Enfin, il renonce, pour aujourd’hui du moins.

Il me dit : J’arrête, à l’hôpital on m’a dit de ne pas faire d’efforts violents. Puis : Si tu as envie tu peux aller faire dans le jardin jusqu’à demain.

Arrive alors l’infirmière qui doit changer son pansement : elle pousse de hauts cris en voyant l’état de ses mains, souillées de merde, avec lesquelles il gratouille sa cicatrice, dont un point de suture a sauté.

Jah, quand cesseras-tu de me mettre à l’épreuve ? Ton humble serviteur est véritablement épuisé.

Rassemblant mes dernières forces, je me rends au supermarché pour acheter deux bouteilles de déboucheur liquide afin de tenter le tout pour le tout. Qui aurait cru qu’il existait autant de produits différents pour déboucher des tuyaux ? L’étude des consignes détaillées sur chaque étiquette de chaque bouteille de chaque marque me prend un temps infini.

Sodome et Gomorrhe : Swann, mon cher Swann, est très malade et va bientôt mourir.

1524 : naissance de Pierre de Ronsard.

Plutôt que l’éternel Mignonne allons voir si la rose, ce sonnet intitulé Je n’ai plus que les os, écrit au soir de sa vie, publié par ses amis peu après sa mort :

Je n’ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, dénervé, démusculé, dépulpé,
[…]
Adieu, chers compagnons, adieu, mes chers amis,
Je m’en vais le premier vous préparer la place.

 12 septembre

Réveillé en sursaut vers cinq heures du matin par les jurons de mon père dans les toilettes. Le Destop n’a été d’aucune utilité.

Mon père est de fort méchante humeur*, très fatigué : Je n’ai pas dormi de la nuit me dit-il.

J’ai dû souffrir d’hallucinations lorsque, la veille au soir, je l’ai aperçu les yeux clos sur son lit, puis entendu ronfler à tout rompre durant la nuit.

Il n’est toujours pas question d’appeler un plombier lorsque je reprends la route pour Bordeaux.

Dans une station-service, une chinoise s’approche de ma table et se saisit sans gêne de mon paquet de gâteaux bio pour tenter d’en déchiffrer l’emballage.

Ce dernier est pourtant beaucoup moins intéressant que celui de ma salade Sodebo, grâce auquel j’apprends plusieurs choses, et notamment que les loutres se tiennent la main lorsqu’elles dorment en flottant à la surface l’eau, afin de ne point, en dérivant, s’éloigner l’une de l’autre.

J’en informe immédiatement Barbara.

Dès mon arrivée celle-ci m’appelle Pissenlit. La guerre psychologique continue.

Trop fatigué par le voyage pour me rendre à la manifestation contre l’abattage des arbres plusieurs fois centenaires qui ombragent la place Gambetta.

Je me déteste.

Judith m’informe de ce qu’elle est désormais fâchée avec une amie dont j’ai oublié le prénom.

Il vaut mieux ne pas s’attacher, car je constate énormément de turn over** : la semaine dernière, à la veille de la rentrée, elle était très déprimée car elle craignait de ne pas être dans la même classe que cette même amie.

C’était bien la peine d’aller s’inscrire dans son club de boxe à elle plutôt que dans le mien, qu’elle a toujours refusé de visiter.

Sasha, en revanche, est venue une fois m’admirer alors que je suivais un cours de close combat***. Une grosse femme m’était tombée dessus.

– 490 : bataille de Marathon.

Il y a quelque chose de très énervant dans l’anecdote partout relayée sans nuance, selon laquelle Philippidès aurait couru 42 kilomètres pour annoncer la victoire aux Athéniens.

D’après Hérodote, il aurait parcouru 250 kilomètres en 36 heures depuis Athènes pour demander de l’aide en vue de la bataille.

Plutarque, quant à lui, écrit que ce serait Euclès qu’on aurait chargé d’annoncer la victoire à Athènes, ce qu’il fit, juste avant de mourir d’épuisement. Le malentendu proviendrait de ce que Lucien de Samosate, confondant les deux anecdotes, aurait désigné Philippidès comme messager de la victoire.

Ce dernier voit donc non seulement son exploit écourté de plus de 200 kilomètres, mais on le fait lamentablement périr au bout de 42 petits kilomètres.

* C’est à se demander à quoi peut bien servir l’exemplaire de La méditation de pleine conscience pour les nuls qu’il s’est offert chez Hyper U.
** Tourne dessus.
*** Combat clos

13 septembre

Durant ma course à pied matinale, je croise un type qui court avec les mains aérodynamiques ; c’est à dire qu’il serre les doigts et fend l’air de la tranche de ses mains, descendant l’une jusqu’à ses hanches tandis qu’il remonte l’autre.

J’adoptais la même technique lorsque j’étais enfant, car je pensais qu’elle augmenterait ma vitesse de sprint.

L’homme a au moins quarante ans, et sa naïveté est touchante.

Un peu plus loin je croise une femme qui fait des abdominaux à l’envers : jambes calées sous un banc, face dirigée vers le sol, mains croisées sur la poitrine, elle remonte à la force de ses muscles dorsaux.

Elle est encadrée par deux braques de Weimar hiératiques qui attendent sagement qu’elle en ait terminé avec ses exercices.

Elle me fait penser à la duchesse de Guermantes.

Un texto trouble ma méditation : apéritif offert dans mon Del’Arte avec ma carte de fidélité.

C’est absurde, je ne possède aucun restaurant, et j’ai encore moins de carte de fidélité.

Et si c’était mon restaurant, aurais-je besoin d’une telle carte ?

Ou alors le message publicitaire est très mal écrit.

Irrité, j’envoie STOP au numéro indiqué.

Comment ces gens ont-ils obtenu mon numéro de téléphone ?

S’ils l’ont, d’autres peuvent l’avoir. Les américains, peut-être.

J’en suis là de mes réflexions lorsqu’on me confirme par texto que je ne recevrai plus de texto de cet annonceur. Mais qui me confirme cela ? Cet annonceur : est-ce à dire que je recevrai les offres d’autres annonceurs ?

À ceci s’ajoute le harcèlement dont je fais l’objet de la part du site de locations immobilières par lequel j’étais passé pour réserver à l’île d’Yeu — ce même site qui accepte que les propriétaires louent leur maison sans linge de lit.

On me demande aujourd’hui de laisser un commentaire positif sous leur annonce.

Je laisse donc le commentaire suivant : Le linge de lit n’est pas fourni ; il conviendra de le louer et de l’installer soi-même.

Barbara m’appelle Caraneige. Le souvenir de ces délicieuses friandises ne doit pas me faire oublier la violence de la bataille qui se déroule entre nous.

Dans la rue, un homme promène des chiots dans un caddie de supermarché et les vend à la criée.

Il s’agit manifestement de l’un de ces marginaux qui écument le quartier accompagnés de leurs chiens : l’un d’eux — un canidé — aura mis bas.

Plus loin un homme au teint jaunâtre, incroyablement jaunâtre, marche en souriant. Sa mort prochaine ne semble pas gâcher sa belle humeur.

À la poste : la préposée prend ma lettre, mais n’appose pas sur l’enveloppe le timbre que je viens de lui acheter. Il me semble qu’elle l’a placée dans le panier de la prochaine levée sans l’affranchir.

Inquiétude, mais je me dis qu’elle doit savoir ce qu’elle fait après tout.

L’enveloppe contient un document à l’attention de mon père ; le voici qui m’appelle au téléphone pour me rappeler de ne pas oublier de le poster.

Alors que je lui réponds : C’est fait, je sors justement du bureau de poste et, Il me coupe : Très bien, n’oublie pas de poster le document et il me raccroche au nez.

Un enfant qui ressemble à mon libraire favori se traîne sur le trottoir en pleurant.

Je contemple un très bel aloe vera.

Anniversaire de la mort de Montaigne.

Sasha, qui fait ses devoirs dans le salon, doit justement procéder à l’étude analytique de l’un de ses textes.

Je me lance dans un exposé biographique interminable qui ne lui est d’aucune aide.

J’insiste tout particulièrement sur le voyage en Italie.

14 septembre

Mal à la cuisse : Judith m’a fait ce matin une démonstration de ce qu’elle a appris à la boxe.

Je boitille donc tout le reste de la journée, non sans ressentir une certaine fierté.

Elle se traîne après chaque cours, courbaturée et épuisée. Je lui lance : C’est autre chose que la danse pas vrai ma petite.

C’est que j’en avais assez qu’elle fasse de la danse, de même que Sasha, et de même que Barbara. J’avais l’impression de vivre au Bolchoï.

Que Judith ait choisi d’arrêter, que je n’aie plus à assister à ses spectacles de fin d’année, qu’elle ait opté pour un vrai sport, voilà qui est pour me ravir.

Sasha, elle aussi, se traîne lamentablement dans la maison : elle a ses menstrues.

Bien fait, lui dis-je, tu n’avais qu’à rester petite.

Passage dans une grande librairie bordelaise.

Une employée, derrière sa console informatique, hurle à sa collègue : C’est le Kerangal, c’est le Kerangal. J’ai manqué le début de la conversation mais je ne puis rien imaginer qui explique une telle chose.

Je lui demande : Pourriez-vous m’indiquer les livres de Baudouin de Bodinat, que je ne trouve pas en littérature générale, s’il vous plaît ? 

Elle fait la moue, me fait répéter, me demande d’épeler. Qu’elle n’ait jamais entendu parler de cet auteur, passe encore, mais c’est à peine si elle ne me soupçonne pas d’affabuler.

Un jeune de ses collègues, qui a entendu notre conversation, s’approche et me dit : Suivez-moi, les livres de Bodinat sont au rayon Philosophie. Il attrape les volumes et me parle de chacun d’eux avec tendresse avant de les poser sur la table où s’étale la médiocrité de la rentrée littéraire.

Attention, Bodinat c’est très déprimant, me met-il en garde avec professionnalisme.

Mais je suis au courant. D’ailleurs Bodinat existe-t-il ? Un bruit court selon lequel un collectif d’auteurs se cacherait derrière ce personnage. Idioties, selon moi : j’ai mené quelques recherches, et il me semble exister autant que vous et moi, ainsi que plusieurs membres de sa famille.

1321 : mort de Dante Alighieri.

Je ne l’ai toujours pas lu, donc difficile de livrer une subtile anecdote.

15 septembre

Je tends ma tasse de café à Sasha pour attraper le devoir sur Montaigne qu’elle souhaite me faire lire.

Je l’avertis : attention c’est un peu chaud.

Elle me répond : C’est mi-chaud, et pouffe.

Mon enseignement n’aura pas été vain : Mi-chaud comme Michaud — le surnom que donnait son père à Montaigne lorsqu’il était enfant.

Des bizuths vêtus de sac poubelles, couverts d’oeufs brisés et de vinaigre laissent une odeur âcre et désagréable dans leur sillage.

Ils s’arrêtent à une fontaine publique dont ils souillent l’eau en se débarbouillant.

Quand interdira-t-on cet annuelle atteinte à la dignité des poules ?

Chez le bouquiniste j’achète Les Caractères de La Bruyère.

À vrai dire ce qui m’intéresse plutôt c’est la traduction par La Bruyère des Caractères de Théophraste qui ouvrent son livre.

On m’offre un billet de tombola à la caisse.

Lu Dos au mur de Nicolas Rey.

J’ai en effet décidé, courageusement je crois, de me tenir informé de ce qu’écrivent les auteurs de maintenant.

Il m’avait semblé que le ce livre pouvait présenter un peu d’intérêt car son auteur racontait à qui voulait l’entendre, à la radio comme sur les plateaux de télévision, qu’il s’agissait du récit de sa descente aux enfers. L’éternelle histoire du jeune premier torturé par ses démons, détruit par ses excès.

Dès les premières pages, et encore, cela devient cabotin, improbable, énervant — plusieurs mentions de Beigbeder, comme il se doit dans chaque livre dont l’auteur est parisien.

Par ailleurs, la soeur de Nicolas Rey, telle que dépeinte dans le livre du moins, est à gifler.

Nicolas Rey aussi, ainsi que tous les personnages du livre.

Autofiction à la française.

Journée mondiale du lymphome.

J’espère ne pas en avoir attrapé un dans la rue.

16 septembre

Je continue mon courageux périple en littérature ultra-contemporaine avec la lecture de Ça raconte Sarah par Pauline Delabroy-Allard.

Romance saphique ayant déjà les faveurs des libraires.

Une mère célibataire tombe sous le charme d’une musicienne qu’on nous dépeint, à une quinzaine de reprises au moins, comme vivante et aux paupières tombantes. Bien évidemment, les ventres tressaillent, les yeux sont bouffis et les larmes brûlent.

On brunche chez Prénom féminin en A, dans la rue Machin, Paris, France, Europe, Monde.

On se cuisine du risotto au citron dans la maison isolée au bord de la mer.

Mais les choses se gâtent, et la mère célibataire abandonne son enfant pour partir en Italie oublier sa maîtresse ; elle boit beaucoup de Spritz avant de passer au Spar acheter des biscuits italiens dont j’ai oublié le nom, ainsi que des yaourts à la myrtille.

Du moins jusqu’à ce qu’on lui dérobe sa carte bancaire, car elle se met alors à les voler. Elle finit par attraper le tétanos en tombant bêtement dans un terrain vague ; enfin, elle meurt — on n’en sera hélas pas tout à fait certain.

Barbara revient ravie et sereine d’une sorte de festival où elle a passé les deux derniers jours.

Dans le récit qu’elle m’en fait se mêlent sarouels, tambours, gongs, cris d’allégresse autour d’un feu de joie, danses, bienveillance, écoute de l’autre, étreintes amicales : cela me glace le sang.

1380 : avènement de Charles VI dit le Fol.

Parmi les manifestations de sa folie : il est persuadé qu’il est fait de verre.

Il se fait donc transporter dans un char empli de coussins et prend garde à tout instant de ne point se briser.

Il ne monte donc plus à cheval et refuse de marcher.

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